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Ce nom avait autrefois été apprécié par ses anciens « collègues » qui lui trouvaient « tout l’esprit d’un artiste martial ». Skia ne se souciait guère de la soi-disant profondeur de son nom. En revanche, il éprouvait une satisfaction tranquille à l’écrire, chaque lettre disposée avec soin, chaque courbe et chaque trait parfaitement alignés. Le tout était net, ordonné et bien agencé. Exactement comme cela lui plaisait.
Cependant, à chaque fois qu’il signait son nom avec force, la scène semblait toujours se répéter dans sa tête… Ce jour où il avait solennellement signé son contrat de travail dans son ancienne entreprise.
Pour ce poste, il avait adopté sans réserve toutes les règles de conduite imposées par ses collègues, qu’il considérait comme « la norme », sans jamais les remettre en question. Cela incluait notamment une formation spécialisée à la signature afin de laisser une impression élitiste aux clients.
C’était tout à fait logique, en réalité : si tout ce qu’il fallait pour préserver sa dignité était de suivre un ensemble de règles visibles et rigides, alors le coût était dérisoire par rapport à la récompense offerte.
Quant à sa signature actuelle… Sa forme générale restait rigoureuse, mais un examen plus attentif révélait des traits de liaison légèrement précipités.
Avait-il cessé de se soucier de ces détails superficiels ? Le fait d’avoir pris trop de congés l’avait-il rendu négligent ? Ou peut-être était-ce la pression due à l’accumulation de trop nombreuses missions d’urgence et à tout le travail de nettoyage…
Le régime de travail normal qu’il souhaitait ne bénéficiait d’aucune coopération. Il semblait être le seul à vouloir maintenir honnêtement le fonctionnement du système. Il ne pouvait donc rien y faire.
Quoi qu’il en soit, il s’habitua peu à peu à l’environnement de travail du Bureau de contrôle des anomalies. Et… comment dire ? À vrai dire, les blagues directes de ses coéquipiers ne le dérangeaient pas non plus.
Autre exemple : la nouvelle dame de la cafétéria du Bureau, qui se montrait particulièrement enthousiaste à son égard.
Au moment de servir le repas, même s’il n’avait rien dit, elle lui avait servi délibérément plusieurs côtes supplémentaires avec os, avant de se tourner vers une autre dame et de lui dire : « Mon fils adore mâcher ça ! »
L’autre femme baissa précipitamment la voix. « Ce… Ce n’est pas une anomalie ! C’est le lieutenant de la DTE-4 ! »
Skia regarda silencieusement pendant un moment la disposition parfaitement équilibrée, presque rigide, du repas, surmonté de ces côtes supplémentaires avec os… puis il prit son plateau et s’éloigna. Il ne posa finalement jamais de questions sur la « race » du fils de la dame.
Bureau
Chez Léon International, Skia avait le sentiment de jouer les employés de bureau ordinaires et se sentait naturellement à l’aise dans ce genre de vie.
Dans la société civilisée moderne, le fait que « l’éveil des capacités d’Esper peut modifier l’apparence physique » était déjà connu de tous. Sa transformation était en effet spectaculaire, et un simple regard lui procura un choc qu’il n’avait jamais connu en cinq ans d’exercice de ses fonctions… mais une fois calmé, il n’y avait rien qu’il ne pouvait rationaliser. Après tout, ce n’était pas un travail qui dépendait de l’apparence physique, aussi ce changement brusque ne devrait pas perturber sa routine…
En réalité, sa routine n’était pas déterminée par son propre état d’esprit.
À l’époque, il s’était levé en pleine réunion, incapable de supporter plus longtemps cette situation, et s’était efforcé de rester poli en demandant pourquoi les projets dont il s’était toujours occupé ne lui étaient même plus soumis pour rapport.
Assis parmi les élites endimanchées qui l’entouraient, un individu plissa les yeux avec force. Skia comprit plus tard qu’il s’agissait d’un mouvement semblable à celui que l’on fait pour essayer d’expulser une substance trouble entrée dans son œil.
Au moment où la réunion fut déclarée ajournée, Skia leva les yeux, regardant au-delà des fissures de son masque auto-imposé qu’il était contraint de réexaminer, rencontrant la silhouette noire massive qui se dressait à côté de lui au centre de l’écran de projection.
Les autres le voyaient-ils aussi comme un monstre ?
Au moins, le processus d’acceptation du prix à payer pour obtenir la capacité d’Esper n’avait pas été trop pénible. Désormais, il était un employé de bureau tout à fait normal à tous égards, sauf en ce qui concernait son apparence.
Démission
« C’est comme être une grenouille qui cuit à petit feu… »
Tout en buvant, l’homme à sa gauche se plaignait discrètement au barman de sa situation. Il était tourmenté par son quotidien, piégé dans un état où chaque fibre de son corps restait tendue sous l’effet du stress accumulé par les détails incessants du travail. S’il voulait s’en échapper… il devrait inévitablement faire face à des conséquences brutales. L’homme était profondément partagé.
« La prochaine fois que je te verrai ici, j’espère que tu ne siroteras pas ton verre avec autant de réserve… Ce n’est qu’en t’effondrant complètement que tu trouveras enfin la détermination nécessaire pour te libérer. Le remède contre l’alcoolisme, on ne le boit pas, on le vomit. »
L’homme assis à sa droite, à l’aura menaçante et au visage couvert de cicatrices, lui répondit de l’autre côté du bar. Sa façon de parler, délibérée et posée, qui contrastait fortement avec son apparence, attira l’attention de Skia.
Se lier d’amitié avec cette personne marqua le début de la prise de conscience par Skia qu’il avait en fait la capacité de mettre en place un système de routine où qu’il se trouve.
Si même sur cette voie, synonyme de chaos et de danger, il y avait des règles, de l’ordre et des objectifs de projet clairs…
Canidé
Le grand chien noir regardait à travers le trou creusé par la lueur du briquet, son regard vigilant fixé sur les environs.
L’instant d’après, il afficha clairement un air déçu, les oreilles aplaties, en constatant que le briquet avait été remplacé.
« Préférait-il vraiment l’original… ? » Skia se demanda en son for intérieur… Mais expliquer spécifiquement quelque chose comme « celui-là avait le logo de mon ancienne entreprise, je ne veux pas le changer » lui paraissait ridicule, inutilement compliqué et beaucoup trop formel… La communication avec sa propre capacité d’Esper devait se faire de manière intuitive, par ajustement interne. Après tout, cette capacité n’était qu’un reflet de lui-même.
Le problème fut donc mis de côté, et pour finir, Skia accepta naturellement cette forme actuelle.
Caféine
Un café spécial disponible sur commande auprès de Mme Fei.
Comparé au café du matin au ratio parfait que l’ancienne entreprise de Skia obligeait tout le monde à boire tous les jours à 8 heures tapantes, celui-ci contient… 3 morceaux de sucre, 25 ml de lait en plus et… d’autres ingrédients qui ne devraient pas se trouver dans un café… Quant à l’origine des grains de café… eh bien, ils proviennent peut-être d’une autre dimension. C’est la meilleure façon de décrire ce qui les différencie.
À ce propos, le café qui coule de la tête de Mme Fei ne nécessite aucun processus de préparation. On ne peut ressentir les effets de ces ajouts qu’en y goûtant, il est impossible de les quantifier, mais Skia a quand même essayé de les décrire précisément à l’époque.
D’après Mme Fei, le nom de ce café spécial fait référence à l’expression qu’il avait affichée lorsqu’elle lui en avait offert pour la première fois à son bureau après son arrivée au Bureau de contrôle des anomalies. C’était comme s’il goûtait du vrai café pour la première fois de sa vie… Un regard surpris et perplexe, impossible à déchiffrer, qui pouvait signifier soit « absolument délicieux ! », soit « absolument horrible ! ».
Mme Fei renonça à l’interroger sur ses préférences, et le long soupir qui suivit suffisait à résumer toutes ses pensées.
Commande
Si vous avez déjà écouté les conversations des membres de la FOC, vous avez sans doute remarqué que Skia jouit d’une excellente réputation parmi eux pour sa fiabilité, ses compétences et son bon sens. Il n’est pas de caractère difficile, ni n’a de passe-temps étranges, et possède même de nombreuses qualités qui font défaut à plusieurs de ses collègues !
« Il y a trop de personnes compliquées là-bas, honnêtement, c’est assez effrayant. Cependant, travailler avec le lieutenant Skia est incroyablement ordinaire. Il est si stable et compétent qu’il sait mieux que moi quels documents je dois lui remettre. C’est comme s’il avait vingt ans d’ancienneté… »
« Oh là là, Skia en bave tellement. C’est un porteur de fardeaux solitaire, le dernier vestige d’ordre au sein d’une armée de chaos, le seul petit bateau obstiné naviguant à contre-courant vers les bonnes procédures, au milieu d’un torrent d’individualisme… »
Leur analyse de son rôle et de ses perspectives d’évolution au sein de la DTE… laisse en quelque sorte un arrière-goût amer.